CHORÈME quartet à cordes et bandes sonores

Création le 16 avril 2026 au théâtre de Vanves

Séverine Morfin Alto, composition

Odile Auboin Alto

Malik Ziad Mandol, guembri

Guillaume Magne Guitares

Céline Grangey Bandes sonores

Baptise Mésange Spatialisation

Samuel Mary Lumières

en collaboration avec

Damien Delorme Philosophe

Yann Tremblay Eco-ethologue

Yann Bagot Plasticien

En partenariat avec le Parc de la Poudrerie, le Théâtre de Vanves, Césaré – CNCM, et le soutien de l’Ensemble Contemporain, la DRAC ile de France, la Sacem, la MMC et la Spedidam.

Séverine Morfin creuse le sillon d’une musique attentive à la nature, en porosité avec les sons du monde qui nous entourent, pour construire un projet d’envergure transdisciplinaire où création musicale et écologie ne font plus qu’un. Réunissant des musiciens contemporain, traditionnel, jazz, deux chercheurs et un plasticien, l’altiste et compositrice orchestre une rencontre improbable entre un quartet à cordes inédit et des bandes sonores enregistrées au Parc de la Poudrerie (93). Chants d’oiseaux, cris de chauve-souris et vibrations des poissons sont « joués » au même titre que les instruments dans un répertoire élégant, mélodieux, parfois hypnotique, où tout est indissociablement, organiquement lié. Une musique vivante. Une entité qui respire. Un cœur battant.

Dans Mad Maple (gArden records, 2022), Séverine Morfin avait, avec la complicité de Céline Grangey, récupéré des bandes sonores enregistrées dans la nature (glaciers, forêts, vent) issues de diverses sonothèques pour en « jouer » au même titre qu’un instrument avec son orchestre. Avec Chorème, l’altiste, faisant un pas de plus dans la même direction, est allée enregistrer elle-même, toujours avec Céline Grangey, les sons du Parc de la Poudrerie. Situé en Seine-Saint-Denis, à Sevran, ce parc a la particularité d’être un site partiellement protégé, et d’abriter des formes de vie sauvages à l’abri des êtres humains. Parfait pour celle qui souhaitait explorer un territoire proche d’elle, connecté à ce qu’elle vit en tant que citadine.

Micros à la main, Séverine Morfin et Céline Grangey sont donc parties capter les chants des oiseaux, des poissons et des chauve-souris du Parc de la Poudrerie. Cette phase de travail a été marquée par des recherches sur les différentes espèces animales et sur les méthodes d’enregistrement. Comment utiliser au mieux les hydrophones pour enregistrer sous l’eau ? Comment rendre compte de la répartition spatiale des sons ? Les compétences de l’ingénieure du son interviennent ici à la racine du projet, le résultat pouvant être sensiblement différent selon la méthode d’enregistrement utilisée.

© Alain Delorme

Parallèlement à cette entreprise de field recording, Séverine Morfin a constitué un quartet à cordes avec des artistes qu’elle admire, qui sont des univers à eux tous seuls et qui « portent en eux une vision de la musique et de la vie ».

Odile Auboin est altiste dans l’Ensemble Intercontemporain. Amoureuse de la création, elle est plutôt attirée par les compositeurs vivants (elle joue ainsi une pièce d’Hèctor Parra au festival ManiFeste-2025 de l’Ircam) et affectionne les chemins de traverse. Elle se trouve par ailleurs avoir le même luthier que Séverine Morfin — ça crée des liens.

Malik Ziad, joueur de guembri, de oud, de banjo et de mandol, est une grande figure des musiques Gnawa et Chaâbi. Inventeur d’instruments, il a l’âme d’un chercheur. On peut l’entendre aussi au sein du duo Morfin-Ziad, qui, dans un registre contemporanéo-mystico-hypnotico-jazzistique, casse totalement la baraque.

Guillaume Magne, guitariste plus ou moins capable de tout jouer (Le Bal à Momo), a surtout été entendu dans des projets qui allient musiques improvisées avec une couleur blues/rock. Normal, quand on a été bercé par les Pink Floyd et Ry Cooder.

Deux altos, deux « guitares ». Si cette instrumentation unique et ce casting virtuose étaient « évidents » pour Séverine Morfin, ils ne vont pas sans représenter un certain défi. Malik Ziad ne lit pas la musique, Odile Auboin n’improvise pas… Mais, finalement, rien que de très stimulant pour celle qui a l’habitude de passer d’un monde musical à l’autre.

Quant à Céline Grangey, qui enregistrait les baleines à Hawaï en 2024 pour un autre projet et qui s’occupera de la classe de prise de son au CNSMDP en 2025-26, Séverine Morfin l’a rencontrée il y a vingtaine d’années au sein du duo… Korème. Elles inauguraient alors le dialogue instrument-bandes sonores, issues cette fois des archives personnelles de l’altiste.

Terme de géographie peu usité, « chorème » désigne la représentation graphique d’un espace. Au-delà, il peut évoquer ce qu’on veut, le mot « cœur » par exemple, ou bien un groupe de musique ancienne.

Odile Auboin © Alain Delorme

Malik Ziad © Alain Delorme

Guillaume Magne © Alain Delorme

À ce noyau dur s’ajoutent diverses personnalités des mondes de l’art et de la recherche.

Yann Bagot : plasticien, dessinateur de paysages naturels à l’encre de Chine, connu dans le monde de la musique pour ses dessins de concerts de jazz, et dont l’univers visuel faisait déjà partie intégrante de Mad Maple. Pour Chorème, il réalise un très grand format qui est utilisé comme élément de scénographie, et qui mène aussi sa vie propre.

Damien Delorme : philosophe, premier assistant en philosophie et éthique de l’environnement à l’Université de Lausanne. Il rencontre le duo Morfin-Grangey au Forum mondial de la biodiversité à Davos, où elles présentaient une version réduite de Mad Maple devant 800 chercheurs. Chorème est l’une des bases à partir desquelles il produit des écrits, articles universitaires et/ou réflexions philosophiques.

Yann Tremblay : membre de l’Institut de Recherche pour le Développement, spécialiste de l’éco-éthologie des animaux marins, a.k.a. de la façon dont les animaux se comportent en relation avec leur milieu. Les enregistrements réalisés au Parc de la Poudrerie sont intégrés à l’un de ses protocoles de recherche sur la (sur)vie des espèces animales en milieu urbain en contexte de changement climatique.

Yann Bagot © Alain Delorme

Céline Grangey © Alain Delorme

Damien Delorme © Alain Delorme

Séverine Morfin © Alain Delorme

Au centre de cette constellation de personnalités, de provenances et de disciplines, Séverine Morfin elle-même, bien sûr, qui réalise ici un « rêve transdisciplinaire ». Tout en creusant le dialogue arts-science pour nourrir le propos de l’œuvre finale, il s’agit aussi de faire avancer les domaines de chacun.

Face à la crise climatique, à quoi peut-on « servir » quand on est compositeur-ice, musicien-ne ? À ménager un canal d’émerveillement sensible face au vivant pour activer la volonté d’en prendre soin, car, comme tous les militants climatiques le savent, la rationalité ne suffit pas. En tant que spécialistes du sonore, on peut également servir la biologie en faisant entendre des espèces qu’on ne voit pas mais qui vivent à côté de nous.

Les enregistrements spatialisés réalisés à la Poudrerie vont ainsi permettre au personnel de suivre au plus près l’évolution de la vie du parc pour mieux préserver les espèces, et aux éthologues à nourrir leurs recherches sur la biodiversité.

Sur le plan artistique, Séverine Morfin, forte de sa collaboration avec toutes ces disciplines, écrit un répertoire où sons naturels et musicaux deviennent indissociablement, organiquement liés. Où il n’est plus possible de distinguer les uns des autres, comme pour donner à entendre l’interconnexion de tout être vivant. Bref, un chorème sonore, a.k.a. la carte sonore d’un espace, en l’occurrence le Parc de la Poudrerie, mais augmenté des subjectivités et des sensibilités de chacun-e.

Élégance des mélodies, importance du rythme voire de la répétition, fluidité des rôles selon les morceaux (qui batterie, qui basse, qui soliste), évidence du dialogue entre les musiciens mais aussi entre les musiciens et les bandes sonores… La musique de Chorème, qui n’est pas sans rappeler celle du duo Morfin-Ziad par son côté parfois hypnotique, se tient en équilibre entre profondeur et légèreté, ancrage et vélocité. Grâce à une diffusion spatialisée à travers quatre sources distinctes, les sons volent, paradent comme des oiseaux. (Précisons au passage que sur la partie diffusion, Céline Grangey est assistée du bien-nommé Baptiste Mésange.)

Sur le plan formel, tout est ouvert : concert, concert-conférence ou atelier, session d’écoute, exposition visuelle et sonore, déambulation, action culturelle… Le projet est à géométrie variable, modulable et déclinable sous de multiples formats, en intérieur comme en extérieur. Une polyphonie protéiforme.

Avec Chorème, c’est presque comme si on assistait à la naissance d’un organisme vivant, d’un animal sonore. Une entité qui a sa vie propre, qui respire. Un cœur battant.

Raphaëlle Tchamitchian

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IO 467